CONFERENCE SUR L’ADORATION DONNEE PAR LE PERE RACINE LE 18 JANVIER 2011 DANS NOTRE PAROISSE.

Le Père Racine est Curé de la paroisse de Sanary. Il est membre d’une association cléricale : les Missionnaires du Très-Saint-Sacrement, qui aident à organiser des chapelles d’adoration perpétuelle ou font ce qu’ils nomment des « piqures de rappel » en équipe de deux ou trois prédicateurs – comme les Pères Elisée-Noël et Sean, venus prêcher au cours de nos messes à la mi-décembre. Les Missionnaires du Saint-Sacrement éditent aussi le Brasier Eucharistique (revue de liaison des paroisses adoratrices).

Il nous a rappelé en introduction ce que sont l’adoration, l’adoration chrétienne et l’adoration eucharistique. Il nous a ensuite parlé de la dimension ecclésiale et missionnaire de l’adoration eucharistique, nous a laissé un temps pour lui poser des questions, avant de terminer par quelques conseils pour adorer.


PREAMBULE, RAPPEL

1)    Qu’est-ce que l’adoration ?

C’est une « soumission émerveillée devant la majesté de Dieu ».

En 2005, les JMJ de Cologne avaient pour thème « nous sommes venus L’adorer ». 1 million de jeunes se sont retrouvés à genoux devant le Saint-Sacrement. Dans sa catéchèse du lendemain, Benoît XVI a fait une très belle homélie où il a donné le sens étymologique de l’adoration.

1ère étymologie (grecque) : proskynesis = Premier devoir de justice divine de tout homme : adorer Dieu. C’est le premier commandement. Dieu seul tu adoreras… Si j’existe, c’est que Dieu le veut et me maintient en existence. Je tire mon être de l’Etre premier, Dieu lui-même. S’il m’oublie un instant, je bascule irrémédiablement dans le néant. Je reconnais en Dieu la source de mon existence et de toutes bonnes choses vécues, donc je veux L’adorer.

2ème étymologie (latine) : ad os, ce qui signifie « vers la bouche, baiser, bouche à bouche », à comprendre dans le sens de « ce qui redonne souffle » (comme un maître nageur sauveteur !) Dieu souffle son Esprit Saint en moi pour que je sois toujours plus animé par son Esprit !

Cette soumission à l’Amour s’appelle, selon Benoit XVI, l’union. L’Eucharistie m’unit à Dieu. Puisqu’il s’est unit à chaque personne, par l’Eucharistie, je deviens plus proche de toute personne.

2)    Qu’est-ce que l’adoration chrétienne ?

Jésus a dit « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie » et « Nul ne vient au Père que par moi ». Il dit « Abba » au Père et veut que nous appelions tous le Père « Abba ». L’adoration chrétienne consiste à adorer le Père par le Fils…

3)    Qu’est-ce que l’adoration eucharistique ?

La vie de Jésus est vie de don, d’offrande, d’obéissance à la volonté du Père. La grande adoration de Jésus pour son Père, Jésus la laisse à son Eglise, au tabernacle. Pourquoi : pour que nous puissions entrer dans la grande adoration du Père par le Fils. On peut donner une image, l’adoration de Jésus serait comme un « TGV » spirituel, qui nous conduit droit vers le cœur de Dieu. Au Saint-Sacrement, Jésus adore le Père pour nous. Il faut savoir y reconnaitre Jésus qui y vit, qui agit…

- Pour Jean-Paul II, l’adoration eucharistique est le prolongement et l’intensification de ce qui se vit durant la messe. La célébration de l’Eucharistie est le mémorial de la passion. Elle comporte 3 dimensions : celle du sacrifice (l’unique sacrifice de Jésus sur la croix est rendu présent, efficace dans ma vie), du banquet (nourriture donnée) et de la présence (qui demeure au tabernacle après la messe). En 1h de messe, nous revivons les 33 ans de la vie de Jésus dont le sommet du moment de la Croix. C’est difficile pour nous de vivre tous les moments de la vie du Christ durant la messe. Tout va si vite…

L’adoration permet un prolongement de la messe parce qu’au cours de chaque heure d’adoration, on peut s’arrêter sur un des mystères de la vie du Christ, comme si on faisait un arrêt ou une pause sur image dans le film de la Vie du Christ (par exemple, on peut L’adorer comme les rois mages, comme la pécheresse, pour L’entendre parler des béatitudes…).

L’adoration est aussi une intensification de ce que nous vivons dans la célébration de l’Eucharistie. Nous allons à la messe sans forcément toujours poser un acte de foi pur. Nous y allons peut être par habitude, même routine... Ce qui est intensifié dans l’adoration n’est pas le don de Dieu (toujours premier à la messe) mais notre foi. Quand on est devant le Saint- Sacrement, il arrive qu’on se dise « Mais qu’est-ce que je fais là ? », que l’heure passe lentement, rester toute l’heure peut nous redemander un acte de foi chaque minute, et donc un acte de foi posé 60 fois. Ce qui nourrit notre foi n’est pas tant de manger l’Hostie, mais notre acte de foi envers la Présence réelle de Jésus. Et l’adoration nous aide à poser et reposer des actes de foi. Voilà l’intensification…

A chaque acte de foi, on touche le Cœur de Jésus. Jésus touche le Cœur de Dieu et Dieu touche les cœurs du monde. L’heure est Sainte en vertu de ce que Jésus fait : il nous sanctifie en nous donnant une nouvelle effusion de l’Esprit chaque fois que nous l’approchons dans la foi, dans l’amour. Mais ce n’est pas ce que je fais qui rend l’heure sainte… L’Eucharistie est le royaume de la foi. Ce qui va vraiment nourrir notre foi en profondeur, c’est l’Eucharistie, qui la dépose dans notre cœur et la fait grandir.

 

LA DIMENSION ECCLESIALE ET MISSIONNAIRE DE L’ADORATION EUCHARISTIQUE :

Même si l’Eucharistie est cette petite Hostie que je reçois dans mon cœur le dimanche, ce n’est pas « mon petit Jésus qui m’appartient ». C’est le Corps du Christ… qui me rend solidaire du corps du Christ… c’est à dire de l’Eglise toute entière avec chaque personne…

a)    Deux témoignages du Père Racine :

- Au Texas, une personne voulait l’adoration perpétuelle dans sa paroisse. Elle est allée voir son Père Curé qui lui a dit « On attend un peu ». Cette personne lui demande si elle peut au moins en parler aux gens, ce que son Père Curé accepte. A partir de là, à la fin de chaque messe, elle va rencontrer un paroissien (et un seul) pour lui parler de Jésus, la Personne qui nous attend au Saint Sacrement. Elle met deux ans pour trouver - toute seule ! - 350 personnes. Elle va revoir son Père Curé et obtient l’ouverture d’une chapelle d’adoration.

- Un autre texan qu’a rencontré le Père Racine lui a dit que l’adoration est comme un gros bateau de croisière – jour et nuit on entend le bruit du moteur. Dans l’adoration perpétuelle, que ce soit le jour ou la nuit, il ya toujours une personne devant le moteur spirituel de la paroisse : quand l’Hostie est aimée et lorsqu’on croit que Jésus y est vraiment Présent, c’est toute la paroisse qui reçoit des grâces particulières.

b)    Le Père Eymard (Saint Pierre-Julien Eymard) parle ainsi du Saint Sacrement exposé :

« Quand on expose Jésus sur l’autel, on fait travailler Jésus au Saint-Sacrement ». Quand on a fait tout ce qu’on a pu avec ses propres forces, on reconnaît que ca ne suffit pas… même s’il faut le faire. Alors, on se met à genoux et on laisse Jésus agir. C’est lui, le Sauveur du monde…

Le Père Eymard a repris l’exemple de l’épisode de Jésus ne pouvant pas faire de miracles dans sa ville de Nazareth parce qu’Il n’y trouvait pas la foi. Aujourd’hui, notre Eglise est un peu comme Nazareth. Jésus dans l’Eucharistie vient avec tellement de grâces et de bénédictions pour nous mais si on ne va pas les chercher ou on manque de foi… Il ne peut pas nous les offrir même s’il veut nous les donner. Quand on va L’adorer, nous poussons Jésus à accomplir sa promesse « Voici, je fais toutes choses nouvelles ».

c)    Les adorateurs sont des veilleurs.

- Dans l’ancien testament, rappelons-nous Moïse dans la lutte contre les Amalécites. Moïse lève les bras au Ciel pendant le combat pour que les Israélites le remportent. Mais ses bras fatiguent. Aaron et Uhr vont l’aider pour que les bras de Moïse restent levés vers le Seigneur et que son intercession soit permanente. C’est la même chose lorsqu’on va adorer. Mais ce n’est pas une personne à droite, une autre à gauche « qui tiennent nos bras », mais une personne avant nous et une personne après nous, dans une chaîne ininterrompue de prière et d’intercession. Et Dieu donne la victoire totale à son Eglise en déversant son amour, sa miséricorde, sa paix dans les cœurs et le monde...

- Dans Isaïe 62, on peut lire : « Je placerai des veilleurs sur tes remparts Jérusalem, ni de jour ni de nuit ils ne se tairont » Après 4 ou 5 ans d’adoration dans une paroisse, on peut éprouver une lassitude. Mais à quoi servent des remparts autour d’une ville ? Si l’ennemi arrive, celui qui veille peut alerter les soldats. Les adorateurs sont des veilleurs. Chacun est député par la communauté, envoyé par le Père Curé pour tous les autres, pour être présent sur les remparts. Dans la citation d’Isaïe, on peut comprendre que « jamais les veilleurs ne se tairont » veut dire que jamais les adorateurs ne cesseront de prier. L’adorateur est suspendu entre le ciel et la terre, obtenant la protection de Dieu et les grâces nécessaires…

- Il est dit aussi qu’on mettra des veilleurs sur les brèches des remparts, sur les points faibles. Jean-Paul II disait que l’adorateur est présent au cœur des fractures de l’humanité. Il ne vient pas adorer d’abord pour lui mais pour la communauté et au nom de la communauté, de tous ses frères et sœurs. Il adore et est présent pour tous ceux qui souffrent, qui essaient de rester fidèle, ceux qui ont des choix à faire, ceux qui ont des joies, des peines.

Il faut considérer : « Je ne vais pas adorer pour moi mais suis envoyé par le Curé qui me donne cet honneur de veiller une heure avec Jésus, cette responsabilité de veilleur, au nom de tous les gens du quartier qui ne sont pas devant le Saint Sacrement ».

d)    Mémorial

N’oublions pas que Jésus n’a pas sauvé le monde par ses grands miracles, ses grands sermons… Mais quand ses bras étaient sur la Croix, étendus, cloués… Lorsque tout le monde pensait que sa vie était un échec total. Et pourtant, c’est là qu’il faisait le plus… Que faisait Marie : pas grand chose en apparence. Elle était là, mais Jésus a voulu l’associer à sa passion et a fait d’elle la corédemptrice par excellence. De même pour nous, il nous demande de nous tenir là, devant lui, sachant que l’Eucharistie rend présent la croix de Jésus. Nous aussi, il nous associe à sa Passion. Par notre prière, même très pauvre, il fait descendre sur notre vie et le monde les grâces de sa rédemption… On pense que rien ne se passe, mais en fait tout se passe…

e)    Intercéder pour la Miséricorde Divine

Jean-Paul II disait aussi que l’adoration eucharistique est un service éminent pour l’église et le monde, qui présente au Christ tous ceux qui ne Le connaissent pas. » Quand vous prenez votre tour de garde, ou de veille dans la chaîne d’adoration, vous rendez un service éminent à l’humanité parce que vous représentez la personne qui au moment même a le plus besoin de la Miséricorde Divine.

Ste Faustine a rapporté aussi que Jésus lui a dit qu’il ne peut pas y avoir de paix dans le cœur « tant qu’on ne se tournera pas vers ma Miséricorde » et que « le trône de la Miséricorde de Dieu, c’est le tabernacle ». En d’autres mots, il n’y aura pas de paix dans les cœurs, dans le monde tant qu’on ne se tournera pas davantage vers la miséricorde divine.

f)     Témoignage actuel du diocèse de Bayonne (rappel de la demande du Cardinal Hummes) :

Monseigneur Marc Aillet voulait 2 lieux d’adoration perpétuelle dans son diocèse (Bayonne, Pau). Lui-même fait une heure d’adoration à 3 h du matin tous les mercredis et a demandé que tous les séminaristes fassent une heure d’adoration par semaine. Il rappelle par là que le Cardinal Hummes, préfet de la congrégation pour le Clergé, a demandé que dans tous les diocèses, il y ait un ou deux lieux d’adoration perpétuelle, afin d’intercéder pour :

- les vocations religieuses et sacerdotales,

- la sanctification du clergé,

- réparer les erreurs ou manquement des prêtres et religieux.

Les vocations s’obtiennent dans la prière, à genoux, parce qu’alors on est tout pauvre, comme un petit enfant.

Le cardinal Hummes dit aussi qu’une paroisse qui adore obtient des grâces de maternité spirituelle : la communauté qui adore devient épouse de l’Epoux (Jésus hostie), et le fruit de leur union est la sainteté des prêtres et les vocations…


QUESTIONS DES PERSONNES PRESENTES :

a)    Combien y a-t-il de paroisses adoratrices dans le diocèse, en France… ?

Dans le diocèse, deux services d’adoration perpétuelle : le Mourillon et Sanary, et des paroisses où il y a des adorations partielles. En France, il y a une trentaine de lieux d’adoration perpétuelle, équivalents au nôtre. Dans le monde un peu plus de 1400 paroisses adoratrices.

b)    Comment peut-on amener les enfants à l’adoration ?

Le Père Racine nous dit que les enfants reconnaissent plus facilement que nous la Personne de Jésus dans le Saint-Sacrement exposé ! J Il existe une pédagogie pour conduire les enfants à l’adoration dans la paroisse de Versailles, qu’on peut contacter – à savoir : la fille d’une adoratrice présente dans la paroisse (aux périodes de congés) s’en occupe.

Note : dans notre paroisse, il existe une initiation à l’adoration (patronage) et les responsables du catéchisme ont lancé une activité en ce sens l’an dernier. Si vous êtes intéressés, contactez-nous (nous avons gardé des coordonnées et des « trucs » de personnes pouvant vous aider à initier vos enfants).


QUELQUES CONSEILS POUR ADORER :

De Saint Pierre-Julien Eymard* :

- Regarder l’heure d’adoration comme une heure de paradis, comme on irait au ciel, comme on irait à une audience de grâce d’amour où Jésus m’a invité…

- Quand l’heure est pénible, elle compte pour deux !

- Dans l’impuissance, quand le corps est souffrant, c’est l’adoration du pauvre, sortez de votre pauvreté, offrez-Lui votre pauvreté !

- L’adoration dans la tristesse… c’est l’adoration du combat, l’hommage de la persévérance.

Quand on commence à adorer, on peut recevoir des grâces sensibles. Je ressens sa paix, son amour, sa présence… Au début, il y a des personnes qui disent « Je vais adorer parce que je m’y sens bien » et plus tard « Je ne vais plus adorer parce que je ne ressens plus rien ». Il faut savoir qu’au début, Jésus nous encourage par des grâces sensibles, mais ensuite pour nous faire grandir, Il nous met dans une situation où on ne ressent plus rien. On passe à une adoration pour Jésus seul – « peu importe ce que je ressens et même si je ne ressens strictement rien… »

Quand on va L’adorer, Jésus peut donner une consolation à quelqu’un qui en a plus besoin que nous, donner ce qu’on Lui demande à une personne de notre famille ou de notre entourage.

Il faut considérer : Je vais adorer parce que Jésus m’attend, pour L’aimer. Adorer aide à se décentrer de soi-même pour se recentrer sur le Christ. Ce qui importe c’est de se laisser aimer par Lui, de laisser Jésus agir. L’adoration consiste avant tout à se laisser aimer, tel que nous sommes, avec toutes nos pauvretés, nos misères…

Samuel a dit : « Parle Seigneur, ton serviteur écoute ! » Dans les faits, nous disons plus souvent : « Ecoute Seigneur, ton serviteur parle ! ». C’est plus facile d’entrer dans le recueillement la nuit. Quand on adore le jour, souvent la première demi-heure d’adoration, on est assailli par les distractions, on « parle » beaucoup au Seigneur. Puis on finit par L’écouter ensuite. Mais c’est Jésus qui est le bon pasteur. Peu à peu, on apprend à Le laisser prendre la petite brebis malade et fatiguée sur ses épaules.

Mère Térésa de Calcutta* raconte que de l’adoration quotidienne, elle a reçu 3 grâces : débordée de travail avec trop peu de moyens, elle a préféré « perdre » une heure de travail par jour à adorer. Grâce à cette heure d’adoration, elle a reçu des moyens pour tout faire, pour s’aimer entre sœurs et avoir un amour plus profond du Christ reconnu à travers les pauvres. Et enfin, si son travail n’a pas diminué, elle témoignait qu’après un temps, les gens n’avaient plus besoin des missionnaires de la Charité mais de Jésus – à travers elles – qu’elles recevaient par la communion dans l’adoration.

*On peut trouver des extraits de la spiritualité de Saint Pierre-Julien Eymard dans le livre « adorer en esprit et en vérité » On trouvera également un témoignage de Mère Térésa de Calcutta dans « Aimer Jésus avec le cœur de Marie ». Ces livres sont à disposition dans nos chapelles. Vous pouvez les commander ou vous abonner au Brasier Eucharistique sur le site des Missionnaires du Saint-Sacrement : www.adoperp.com . Le service de l’adoration dans notre paroisse peut aussi vous fournir des bons de commande sur demande.